En Terre Scandinave - Le Polar Polaire chez ALBIN MICHEL

L’équipe du département V



Carl Mørck


A quoi ressemble le Danois typique ? A en croire celui qui en a fait le personnage principal de ses romans, le vice-commissaire Carl Mørck en serait une représentation assez juste. Doté d’une ironie à toute épreuve, d’un goût pour l’irrévérence et les remarques acides et d’un penchant au farniente, Mørck reflète un type de personnalité bien danoise. Aussi attachant pour le lecteur qu’exaspérant pour ses collègues, il ne se soucie guère de ce que l’on pense de lui. Cela tombe bien, les missions qui lui sont confiées sont celles d’un département spécialement créé pour lui : le département V consacré aux « cold cases », les  affaires non élucidées. Installé dans les sous-sols de la brigade, Mørck désabusé y voit une manière de le placardiser après son retour d’une longue période de convalescence.  Une mission qui a mal tourné a coûté la vie à l’un de ses collègues et laissé son meilleur ami paralysé. C’est plus ébranlé qu’il ne le croit qu’il reprend le travail. Mais après 25 ans à la police de Copenhague (dont 10 à la brigade criminelle), il reste un enquêteur hors pair, redoutablement efficace une fois qu’il a interrompu sa sieste et mordu à l’hameçon. Il n’y a que les jolies femmes pour le déstabiliser, lui rappelant que sa vie privée est loin d’être aussi satisfaisante que sa carrière…

Extrait

Carl ne réalisa pas tout de suite où il se trouvait et qui lui parlait. La matinée n’avait pas été passionnante. En fait, il s’était assoupi profondément, les jambes sur la table, ses grilles de Sudoku sur le ventre et le menton à moitié enfoncé dans sa chemise. Les plis de son pantalon, si bien repassés d’ordinaire, rappelaient le tracé d’un électrocardiogramme. Il descendit ses jambes ankylosées et regarda, stupéfait, le petit type brun qui se trouvait en face de lui, un homme qui devait avoir plusieurs années de plus que lui mais ne devait pas avoir grandi dans le même village que lui.
« Assad ? OK », répliqua Carl mollement. Qu’est-ce que ça pouvait lui faire ?
« Et toi, c’est Carl Mørck, comme c’est écrit sur la porte.
Ils disent que c’est bien si je t’aide. C’est bon ? »
Carl plissa un peu les paupières en décortiquant la syntaxe du bonhomme. Et ce type était supposé l’aider ?
« Eh bien, espérons ! » répondit-il.
Tant pis pour lui. Il l’avait voulu, il l’avait eu. Car il en prenait conscience maintenant, la présence du petit personnage dans le bureau en face du sien l’engageait. D’une part, il serait obligé de faire en sorte que cet homme s’occupe et, de l’autre, il allait devoir lui aussi faire semblant de travailler.
Il avait manqué de jugeote sur ce coup-là. Tant que ce type serait dans les parages, Carl ne pourrait pas passer ses journées à buller comme il en avait eu l’intention. Il s’était dit que ce serait pratique d’avoir un assistant. Que ce type-là trouverait à s’occuper, pendant que lui-même compterait les heures derrière ses paupières. Il fallait passer la serpillière, faire le café, mettre les papiers en ordre et les ranger dans des dossiers. Il y aurait bien assez de choses à faire, avait-il pensé quelques heures plus tôt. Mais cela faisait bientôt deux heures que le type le regardait avec de grands yeux. Tout était fini et bouclé. Même l’étagère de Carl était en ordre, tous ses livres étaient rangés par ordre alphabétique, tous ses classeurs numérotés et prêts à servir. En deux heures et demie, ce type avait fini son travail, point à la ligne.

 

Miséricorde, page 23

 

 

Hafez El-Assad


On sait peu de choses d’Hafez El-Assad, dit Assad, réfugié politique d’origine syrienne au passé mystérieux. Mørck le rencontre dans les sous-sols de la brigade criminelle de Copenhague où il a été affecté au ménage et au rangement. La curiosité naturelle d’Assad le pousse à examiner de plus près l’énorme pile de dossiers poussiéreux sur le bureau de Mørck et à s’impliquer. Rapidement, ses méthodes peu conventionnelles se révèlent efficaces et sa motivation sans faille force le respect du flic. Son café a beau être imbuvable, ses gestes d’attention à l’égard d’un Mørck éternellement râleur (pâtisseries arabes confectionnées par sa femme ou bouquet de glaïeuls au retour des vacances) le rendent vite indispensable au bon fonctionnement du département. Sous ses remarques faussement naïves se cache une intelligence aigue, aussi surprenante que son maniement expert de l’arme blanche. Tout comme Mørck, le lecteur n’a pas fini de s’interroger sur la véritable identité d’Assad.
 

Extrait

Carl Mørck ne prit conscience que l’été et surtout les vacances étaient définitivement terminés qu’en arrivant dans la cave de la préfecture, devant les bureaux désertés du département V. Il alluma la lumière et regarda sa table de travail, jonchée de piles chancelantes d’épais dossiers, et l’envie de claquer la porte et de tourner les talons fut presque irrépressible.
Qu’Assad ait posé au milieu du chaos un énorme vase contenant un bouquet de glaïeuls qui auraient pu à eux seuls bloquer la circulation d’une avenue ne le consola pas le moins du monde.
« Bienvenue, Chef ! » entendit-il derrière lui. Il se retourna et vit son assistant qui l’observait de ses petits yeux rieurs, bruns et brillants comme des châtaignes en automne. Ses rares cheveux noirs dressés sur sa tête lui donnaient l’air d’un sympathique hérisson. Il était visiblement fin prêt à communier à nouveau devant l’autel de la police judiciaire. Alleluia !

 

Profanation, page 19

 

 

Rose Knudsen


Lorsque Rose, cheveux noirs coiffés à la punk, talons vertigineux et sourire à se damner, est assignée dans son service, Carl Mørck fulmine. Affectée par la direction du secrétariat au département V pour s’en débarrasser, Rose est loin d’être aussi délicate que son nom le présage : déjantée, allergique à l’autorité, elle ne se laisse pas faire et prend un malin plaisir à tenir tête à un Mørck excédé. Sous ses allures de femme fatale, elle se révèle pourtant tout aussi efficace qu’Assad, « son petit bédouin préféré », et surtout passionnée par les enquêtes. Très bien notée à l’école de police, son échec au permis de conduire l’a empêchée de poursuivre sa carrière. Rose s’est donc rabattue sur des études de secrétariat et a débuté au commissariat central de Copenhague où elle a laissé un sacré souvenir à ses anciens collègues qui, tout comme Mørck, la prennent pour une dingue. Et tous se demandent à quoi peut bien ressembler cette sœur jumelle qui habite avec elle…


Extrait

Ils sentirent le parfum de Rose avant de la voir. Elle se matérialisa devant eux les bras pleins d’articles de bureau et de sachets de boulangerie décorés de Pères Noël.
« Toc, toc ! » claironna-t-elle, heurtant le cadre de la porte ouverte. « Les renforts arrivent, Tahtahhh ! Et il y a des beignets pour tout le monde. »
Carl et Assad échangèrent un regard. Celui de Carl, tragique.
Celui d’Assad, enchanté.
« Bonjour Rose, et bienvenue au département V. J’ai tout préparé pour que tu te sentes bien chez nous », lui annonça le petit traître.
Quand Assad l’entraîna dans la pièce d’à côté, elle décocha à Carl un sourire plein de sous-entendus. Il signifiait clairement : Vous n’allez pas vous débarrasser de moi comme ça !
Elle n’avait visiblement pas compris à qui elle avait affaire. Comme s’il était homme à se laisser embobiner avec un beignet et un sourire.

 

Profanation, page 145

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Vous considérez-vous comme un auteur scandinave ou simplement comme un auteur vivant dans un pays scandinave ?
 La Scandinavie est une région du monde assez exotique. De nombreux endroits, conventions sociales ou traditions y sont uniques au monde, donc en cela, oui, je suis scandinave. Pour tout le reste, je suis un citoyen du monde... Lire l'interview complète...

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